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Le recteur de l'USTHB affirme à la tribune:

Les examens reprogrammés à partir d'aujourd'hui

 

Après cinq mois d’une grève qui semblait s’éterniser, le calme a fini par regagner les campus universitaires paralysés depuis mai dernier par le débrayage initié par certains enseignants du syndicat du CNES (Conseil national des enseignants du supérieur). A l’Université des sciences et de la technologie Houari Boumediène, (USTHB), l’une des plus grandes universités touchées par le mouvement de débrayage ayant perturbé le déroulement des examens, la crise connaît enfin son épilogue. L’activité pédagogique reprend ses droits et les étudiants bloqués faute de pouvoir passer leurs examens par la grève de l’aile gréviste du CNES retrouvent leurs amphis. Le professeur Benali Benzaghou, recteur de l’USTHB est on ne peut plus confiant: les examens sont reprogrammés à partir d’aujourd’hui samedi, notamment pour les étudiants de 1re et 2ème année de tronc commun, représentant la majorité des étudiants, soit 20 000. Il affirme d’emblée que tous les moyens sont mis en place pour rattraper le retard généré par le mouvement de protestation, mené précise-t-il, par une minorité d’enseignants, sur les 1 500 permanents que compte l’université. «L’ensemble de l’administration et des enseignants sont mobilisés pour assurer les meilleures conditions possibles, rattraper le retard et démarrer la rentrée universitaire 2006-2007», indique-t-il estimant qu’il y aura également des réaménagements dans la programmation des vacances et des congés ainsi qu’un prolongement de l’année universitaire, entres autres mesures d’urgence.
Tout en reconnaissant la légitimité des revendications professionnelles des enseignants grévistes, revendications prises en compte d’ailleurs, dit-il par l’Etat à travers des décisions favorables du ministère de l’Enseignement supérieur et du chef du gouvernement, le premier responsable à la tête de l’USTHB, estime toutefois qu’il n’est pas toléré de prendre en otage les étudiants. D’ailleurs, il est utile de rappeler que les initiateurs du large mouvement de débrayage qui avait paralysé durant cinq mois 19 établissements universitaires du pays, avaient invoqué entre autres raisons principales ayant motivé leur décision de suspendre la grève, la sauvegarde des intérêts des étudiants, le refus du pourrissement dans l’université algérienne.

Rattraper le retard
Evoquant l’énorme perte de temps causée par la grève, il avouera que l’année 2005-2006 est encore perturbée car, affirme-t-il, «nous sommes en train de passer les examens de mai et le démarrage de la rentrée universitaire est par conséquent retardé». Ainsi, explique-t-il, «le démarrage de l’année universitaire se fait d’habitude à la mi-octobre, cette fois-ci, il n’aura lieu que vers la mi-novembre».
Il n’est pas possible de parler de l’USTHB sans évoquer le drame qui a coûté tout récemment la vie à la jeune étudiante Manal Kadache et qui a fait couler beaucoup d’encre sur la question de la sécurité au sein des campus universitaires. Pour M. Benzaghou, «c’est là un malheur qui a bouleversé tout le monde et qui nous a même obligés à suspendre nos activités pendant deux jours. Il dira avoir «été terriblement frappé par cet effroyable incident, mais un tel drame peut arriver n’importe où, n’importe quand», confie-t-il. «Evidemment, ce genre d’incident est intolérable, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème de sécurité à Bab Ezzouar», dit-il. «Il a été relevé le fait que l’étudiant agresseur est rentré avec un couteau à l’université, mais pensez-vous qu’il soit possible pour les agents de sécurité de fouiller les étudiants un par un? Vous savez, Bab Ezzouar est une sorte de petite ville avec 23 000 étudiants. C’est énorme ! je crois , par ailleurs qu’il n’y a pas eu de faille ni du côté des agents de sécurité ni du côté de l’administration». Il précisera à ce propos que «les secours ont été rapides, les deux étudiants ayant été évacués à l’hôpital Zmirli, en moins d’un quart d’heure». «Ceci dit, déclare-t-il, l’ampleur du drame nous oblige à réfléchir à la question de la prise en charge psychologique de l’étudiant, car l’agresseur avait certes des problèmes psychologiques». Dans ce cadre, notre interlocuteur fait état d’un projet portant création d’un service de soutien psychologique pour venir en aide aux étudiants ayant des problèmes d’ordre psychologique. «Actuellement, nous n’avons qu’une unité de médecine préventive hébergée dans des classes. C’est insuffisant. C’est pourquoi, nous allons créer un centre médical doté de davantage de moyens», indique-t-il. «Ce n’est pas que l’université de Bab Ezzouar se sente responsable de ce malheur, mais cet incident nous pousse à prendre toutes les dispositions nécessaires pour que ce genre de drame ne se répète plus jamais» ajoute-t-il encore. Toutefois le recteur considère que ce drame n’a rien à avoir avec le phénomène de la violence au sein de l’université : «Je ne pense pas que ce qui s’est passé relève de cela, ce drame était quelque chose d’inattendu», renchérit-il.
«Il n y a pas d’agents de sécurité privés»
Concernant le statut des agents de sécurité à l’université, le professeur Benzaghou nous apprend qu’il n y a pas d’agents de sécurité privés, contrairement à ce qui a été affirmé par certains quotidiens. «L’université emploie 200 agents de sécurité de statuts divers, [ il y a même des vacataires]. Leur mission réside dans le contrôle de l’accès à l’enceinte universitaire. Ils sont appelés aussi à intervenir à l’intérieur de l’université pour assurer la sécurité et maintenir l’ordre. Mais ce ne sont en aucun cas des policiers. Ce sont des fonctionnaires payés par l’université et engagés dans le cadre de textes réglementaires bien définis», souligne-t-il.
Rien ne semble perturber cet homme qui a vu depuis 1962 l’université algérienne grandir au fil des ans. Déjà recteur de l’université de Bab Ezzouar une première fois, en 1974, le revoilà rappelé une deuxième fois, en août 2000, pour occuper ce poste à la tête de l’USTHB. Et depuis, il ne se démarque pas de son énergie pharaonique pour maintenir le prestige de Bab Ezzouar. Deux périodes bien distinctes, car depuis, l’université a bien changé. «On accuse l’université d’être une machine à faire des diplômes et on critique la qualité de la formation qui y est dispensée que certains considèrent comme étant faible. Mais il ne faut pas perdre de vue que le nombre d’étudiants a considérablement augmenté depuis l’indépendance». Il estime que les enjeux ne sont plus les mêmes. Selon lui, l’université doit former aujourd’hui en fonction des besoins de la société et du monde du travail.
En termes d’encadrement, l’université compte un effectif de 1 500 enseignants permanents, tous de nationalité algérienne : «Nous ne faisons pas appel à des enseignants étrangers, mais nous tenons à développer nos relations avec l’étranger», dit-il. «Ainsi, dans le cadre des accords scientifiques, des collègues étrangers viennent en qualité d’invités pour donner des cours de post-graduation dans notre université», confie notre interlocuteur, qui rappelle aussi que dans ce sens, il existe de nombreux accords avec des universités spécialisées en informatique en Corée du Sud et avec l’université de Porto, en même temps que des conventions inter-universitaires. S’inscrivant dans un souci d’ouverture sur le monde, l’université est liée à d’autres universités européennes,(françaises, italiennes, espagnoles) dans le cadre du projet TEMPUS, financé par l’Union européenne. En outre, l’USTHB désireuse de développer ses relations avec les entreprises algériennes, a des liens étroits avec certaines d’entres elles, dont Algérie Télécom, Sonelgaz, l’EPLF de Boumerdès, et ce, pour offrir l’opportunité aux étudiants de passer des stages et de trouver des sujets de fin d’études au sein de ces mêmes entreprises. Le recteur signalera, que les entreprises algériennes s’intéressent de plus en plus, au monde universitaire en organisant des forums d’entreprise afin de permettre aux étudiants de se frotter au monde du travail. C’est l’un des objectifs assignés d’ailleurs à la convention signée avec l’ANSEJ qui vise à sensibiliser les jeunes étudiants sur les opportunités d’emploi.

Des projets voient le jour, d’autres en perspective

L’USTHB vit depuis deux ans, au rythme de la réorganisation du système des études, le LMD (Licence, master, doctorat), à l’instar d’autres pays du monde. Dans cette université les nouveaux bacheliers s’inscrivent de facto dans ce nouveau système. Tout en accordant une priorité au volet de la recherche, l’USTHB inscrit dans son planning toute une série de projets d’extension et de nouvelles infrastructures pédagogiques et culturelles.
Devant le nombre croissant d’étudiants, de nouvelles structures sont en train de voir le jour. Ainsi, l’année dernière un nouveau bâtiment en informatique et un ensemble de laboratoires de TP (travaux pratiques) ont été inaugurés par le président Abdelaziz Bouteflika. Il est également prévu pour cette rentrée, l’ouverture d’une quarantaine de nouveaux laboratoires de TP et de seize autres grandes salles de travail et d’examens. La création de ces structures permettra de renforcer les aptitudes des étudiants dans le domaine de la pratique, alors qu’il leur est reproché de faire beaucoup plus de théorie que de pratique.
Au programme aussi, la construction d’une nouvelle faculté de mathématiques qui devrait être fonctionnelle cette année. M. Benzaghou annonce de nombreux autres projets ambitieux. Des projets qui lui tiennent à cœur et qu’il dévoile fièrement, dont notamment un espace Internet équipé de 300 micro-ordinateurs, au profit des étudiants, une sorte de cyber gratuit. Il fait part en outre du projet relatif à la maison des sciences. «L’inauguration du campus numérique francophone qui s’inscrit dans le cadre de l’accord avec l’Agence universitaire de la francophonie [AUF] est prévue quant à elle pour la fin du mois d’octobre», ajoute-t-il. Ce campus va permettre à l’USTHB d’accéder au réseau des universités et des écoles membres de l’AUF et surtout d’accéder plus facilement aux revues scientifiques.

Amel Bouakba, La tribune, 30 septembre 2006

Lire aussi: "Sidi Bel Abbès: Le recteur refuse de payer Septembre"


 

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