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Augmentation des salaires et des prix

A qui profite votre fiche de paie?

 

Y a-t-il une solution alternative à ce que propose la tripartite ?

Peut-on augmenter les salaires sans augmenter les prix à la consommation ? Que cache la fiche de paie d’un Algérien moyen ? A qui profite réellement la revalorisation promise pour aujourd’hui ?

Consommé, analysé, disséqué, le discours syndicalo-politique du gouvernement et de l’UGTA - avec une association toute relative du patronat algérien encore larvaire - est clair: les salaires doivent être et seront augmentés, le SNMG sera revu à la hausse. Tout le reste sera donc rangé au chapitre du détail pour faire passer ce seul message à bénéfice politique et électoral selon certains et fixer l’opinion politique sur l’image du seul syndicat officiel, capable d’arracher «quelque chose de concret» au gouvernement. Le «dialogue» consacré comme voix de communication, agréé depuis une décennie presque, sert tout à la fois à consacrer la centrale syndicale, à casser les mouvements du plurisyndicalisme «libre» encore pris en otage et à «doubler» de la voix les revendications sociales pour les domestiquer et les absorber. Prévue pour aujourd’hui, la tant attendue tripartite qui a été le feuilleton national de l’été et a remplacé ingénieusement le débat politique par un débat sur les salaires depuis la «chute» d’Ouyahia, fera écran sur les évidences: personne n’y évoquera les promesses d’augmentations des prix à la consommation que nous assure la loi de finances 2007 et qui, de ce fait, va annuler la petite générosité électorale de l’Etat dans quelques mois et dès les premières factures de janvier prochain. «Cette question des augmentations des salaires est une véritable arnaque politique», nous explique une source «participante». «On y pose le problème d’une manière qui, finalement, ne profite pas au salarié algérien, n’aide pas à la relance réelle de l’économie et ne fera que gonfler le trésor de guerre de l’UGTA qui va en tirer le meilleur profit».

La «paie» d’un Algérien, fonctionnaire moyen, a toujours été soutenue par le fameux SNMG (Salaire minimum garanti) qui est passé de 5.400 DA (période janvier 98 au 31 août 98), à 6.000 DA (du 01 septembre 98 au 31 décembre 2000), à 8.000 DA (période allant du 01 janvier 2001 au 31 décembre 2003) et finalement à 10.000 DA (pour la période allant du 01 janvier 2004 à ce jour). L’une des revendications directe de l’appareil de Sidi Saïd et de certains politiques qui «surfent» sur la vague de la tension sociale persistante, est de «revaloriser» le SNMG et de l’augmenter sensiblement. Pour ce faire, les arguments les plus populistes (réserves de changes, prix du baril et «bahbouha» financière etc.) ne manquent pas. Autant que les propositions les plus astronomiques: un SNMG à 40.000 DA et pas moins pour certains. Si sur cette question le consensus semble avoir été réussi entre patrons, gouvernement et syndicat «unique», c’est la façon de revaloriser les salaires des Algériens qui pose problème. «Au lieu par exemple de penser à revoir la grille des charges de l’employeur et de l’employé par exemple, réétudier la grille des cotisations à l’assurance et à la retraite, recapitaliser les énormes épargnes dormantes des Algériens dans les caisses et les fonds monopolisés par l’UGTA et doper le marché des emplois par des mesures d’encouragements, on fait le contraire», nous explique la même source.

«C’est-à-dire que l’on augmente les salaires de façon irrationnelle, très politicienne et, de ce fait, on augmente les charges et les «ponctions» à la source des salaires algériens pour enrichir certaines caisses et ceux qui en contrôlent la gestion». On pousse par conséquence certaines entreprises qui arrivent tout juste à survivre, par un jeu équilibriste précaire, vers la case de la cessation de paiements et de la faillite. «Beaucoup d’entreprises vont fermer leurs portes car ne pouvant assurer à la fois le paiement des salaires, celui des charges et celui des dépenses de fonctionnement». L’UGTA comme le gouvernement décident de ces augmentations mais à la limite ce ne sont pas eux qui paient et qui vont payer. «Ces augmentations seront rapidement annulées par les augmentations des prix à la consommation et le problème se posera de nouveau au menu de la prochaine tripartite» analysent certains.

Soutenu par le SNMG par le «bas» si l’on peut dire, le salaire de l’Algérien est doublement ponctionné à la source et sur la base d’un calcul qui a évolué depuis la dernière décennie. Il s’agit de 9% payables par l’employé et de 26,5% à charge de l’employeur, selon le taux du régime général pour le moment. C’est-à-dire une enveloppe de cotisation qui rafle les 35% du salaire de l’Algérien, justifié par le principe de la solidarité, de l’épargne retraite et des «participations» multiples. Un taux de «ponction» à la source valable depuis le 1er janvier 99 et jusqu’à ce jour, en attendant de ce que va décider la rencontre d’aujourd’hui.



 

Question donc: Comment se fait la ventilation de ces cotisations obligatoires ?

Schématiquement, le calcul est simple et n’a pas beaucoup changé depuis une décennie. Les 9% payés par l’employé sont répartis comme suit: 1,5% de cotisation assurance (CNAS), 5% de cotisation à la caisse de retraite, 1,5% de cotisation pour l’assurance chômage, 0,5% pour la retraite anticipée, 0,5% pour le FNPOS. Selon certains, les cotisations ramassées au profit de la CNAC (caisse nationale de chômage) et de la retraite sont «trop importantes». «Tous les spécialistes de la CNAS peuvent vous dire que l’espérance de vie d’un Algérien, dans les conditions actuelles, ne lui permettent de jouir que du tiers des cotisations qu’il a généreusement consenties au profit de la caisse durant toute sa vie active. La caisse de retraite, malgré ce que l’on dit sur ses «difficultés», ramasse énormément d’argent et d’épargne, mais ce ne sont pas les seuls retraités qui en profitent. La caisse a déjà supporté de par le passé des dépenses «politiques» et des factures de politiques économiques sans que les cotisants et les retraités n’en devinent rien. A quoi sert aujourd’hui d’augmenter un salaire pour augmenter les cotisations à la CNAS, à la CNAC et à la caisse de retraite puisque, de toutes les façons, les retraités algériens mourront bien avant de consommer leur épargne réelle ? Pourquoi ne pas penser à restructurer les cotisations à la baisse et ainsi augmenter les salaires sans augmenter les charges ? Ce genre de question ne devant pas se poser par tradition...

Pour ce qui est de la CNAC, et malgré les bonnes volontés qui l’animent, le cas est plus grave. Les salariés algériens cotisent au profit d’une caisse dont la vocation jusqu’à aujourd’hui n’est pas claire ni définitive. Doit-on cotiser pour une caisse qui hésite entre acheter des locaux pour des jeunes, bonifier son argent en le
mettant à la disposition de la CNL (caisse nationale du logement) ou l’injecter dans des micro-projets peu viables et sans incidence sur l’économie nationale ? Pour les critiques des recettes de la tripartite, le cas se pose aussi pour le FNPOS (Fonds national de péréquation des oeuvres sociales) qui va «profiter» des augmentations des salaires pour renflouer ses caisses mais sans obligation de résultats vis-à-vis des cotisants «puisque le FNPOS n’a, après dix ans d’existence, jamais réussi à livrer un seul logement, débloquer une seule aide ou un seul crédit pour les travailleurs algériens», nous affirme une source. L’argument le plus important dans cette plaidoirie pour une augmentation de salaires «productive» et pas pour une revalorisation politique, «c’est que les conseils d’administration de toutes ces caisses et fonds, allant de la CNAS, la CASNOS, le FNPOS, la caisse de retraite, la CNAC... etc, sont contrôlés par l’UGTA, avec une présence symbolique du patronat qui paye pourtant de lourdes charges sur chaque salaire, et un droit de regard de l’Etat des plus réduit».

Dans le cas de l’employeur, la facture est plus lourde. Pour le régime général, la ventilation des charges fixées à 26,5% est comme suit: 12,5% pour l’assurance, 1,25% au chapitre «accident de travail», 11% pour la caisse de retraite, 1% pour la retraite anticipée, 0,25% aux frais de l’assurance chômage. Les cotisations ont connu une courbe évolutive sans qu’il en soit possible d’en négocier les termes, ni par le patronat, ni par les employeurs en général ou encore moins les syndicats. Pour l’exemple, les «charges» (employeur et employé confondus) étaient de 29% du salaire de la période allant du 01 janvier 1985 au 31 décembre 1990. Des cotisations réparties selon des pourcentages variables: 14% pour la caisse d’assurance, 6% pour les allocations familiales, 2% pour les accidents de travail, 7% de cotisation retraite, 0% pour la retraite anticipée, 0% pour l’assurance chômage et 0% pour le FNPOS. Il aura donc fallu attendre les profonds bouleversements socioéconomiques de l’Algérie, la catastrophe de la décennie du terrorisme et le virage idéologique de l’ économie de marché pour voir ce tableau être peu à peu «corrigé», en fonction des besoins... de l’Etat et pas des besoins des salariés !

Ainsi et pour la période allant du 1er janvier 1991 au 30 juin 1994, ce sont les allocations familiales et les cotisations «Accident de travail» qui seront revues à la baisse, chutant à, respectivement, 3% et 1%. L’économie du pays obligée d’opérer un délestage massif en nombre de salariés, augmentera les cotisations retraites qui passeront à 11%. Du 1er janvier au 30 juin 1996, les charges seront revues à la hausse et grimperont à 31.5%.

Détails de grande importance, les allocations familiales sont tout simplement supprimées, c’est-à-dire officiellement prises en charge par l’Etat. La mesure donne l’illusion d’un allégement des cotisations pour les employeurs mais il n’en est rien: le gouvernement se rattrape autrement en impliquant l’employeur et l’employé dans le financement d’un nouveau chapitre que les circonstances économiques imposent: 1,5% pour la retraite anticipée, 4% pour l’assurance chômage. «En somme, ce sont les salariés qui commencent à payer la facture de l’échec économique national dont ils ne sont pas responsables», nous explique notre source.

La tendance à la hausse se poursuivra encore pendant longtemps. Les charges passant à 32% du 1er juillet au 31 décembre 96 (avec 11,5% de cotisations pour la caisse retraite), puis à 32.5% du 1er janvier 1997 au 30 juin 1997 (avec cette fois-ci l’introduction de la cotisation FNPOS à hauteur de 0,5% du salaire), puis à 33% de juillet 1997 à juin 1998 (la cotisation retraite atteignant ainsi 12%), puis 33,5% pour la période de juillet 1998 à décembre 1998 (la cotisation retraite revue à la hauteur de 12,5%) et, enfin, les 35% du salaire de l’Algérien pour la période allant du 1er janvier 1999 et jusqu’à aujourd’hui avec une «cotisation» retraite qui atteint les 14% puis les 16% dès l’an 2000 et une retouche sur la cotisation accident de travail (1% puis 1,25%) rendue possible avec une cotisation assurance chômage revu à la baisse (4% à 1,75%).

Question donc: Quelle sera la nouveauté de cette année et de cette bipartite ? En attendant les résultats de la réunion, l’opinion n’est guère fixée. Selon certaines sources, la chefferie du gouvernement aurait promis une prise en charge par l’Etat des allocations familiales pour une période de trois ans encore. «Une pure arnaque parce que la question qui va se poser c’est celle de ce qui va se passer par la suite: l’employeur sera-t-il obligé de recruter des célibataires pour éviter les charges par exemple ?». Pour certains observateurs, le tour de passe-passe est habile: l’Etat et au lieu de «restituer» aujourd’hui le pourcentage des allocations familiales supprimé dès 1994 et qui a été versé dans la «retraite anticipée et l’assurance chômage», pense à garder le tout en réinstallant, dans trois ans, l’allocation familiale à charge de l’employeur sans alléger les participations à la «retraite, la retraite anticipée, l’assurance chômage et le FNPOS»

La situation risque donc de s’aggraver avec des augmentations de salaires «très populistes», selon certains observateurs et ne profiter finalement qu’à renflouer les caisses et les fonds «contrôlés» par l’UGTA, sans créer de l’emploi, encourager l’entreprise algérienne ou élargir l’assiette des cotisations puisque l’énormité des charges est là pour freiner les recrutements légaux, encourager le travail au noir et réduire les chances de la relance économique.

C’est encore pire pour certains secteurs-clés comme le bâtiment où, en plus des charges générales, il y le paiement des cotisations à la CACOBAT pour assurer les congés payés. «Cela veut dire pour moi, un total de cotisations qui dépasse les 50% sur chaque salaire entre moi et mon employé» nous dira un spécialiste du secteur. «Dans une année exactement, vous allez payer plus ce que vous mangez aujourd’hui et c’est la bipartite qui sera là pour vous parler encore une fois d’augmentations». Des augmentations, oui, mais qui profitent à qui ?.

Kamel DAOUD, Quotidien d'Oran, 30 septembre 2006

Lire aussi: "Sidi Bel Abbès: Le recteur refuse de payer Septembre"


 

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