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Sur les 25 pays fournisseurs
d’immigrants au Canada, l’Algérie occupe la troisième place.
Elle fait partie de ces pays qui constituent des
“réservoirs” de compétences bon marché pour les pays
développés. Le phénomène, qui touchait auparavant les
Algériens formés à l’étranger, s’est progressivement étendu
à ceux formés en Algérie.
L’Algérie
se vide de sa matière grise. Les chiffres avancés hier par
le président du Forum des chefs d’entreprise lors d’une
rencontre-débat autour de l’expatriation des élites donnent
des frissons. Notre pays, au même titre que les pays
africains, est dans une situation inquiétante, le phénomène
de “la fuite des cerveaux” prend aujourd’hui la forme d’une
véritable hémorragie. Selon une étude réalisée par un centre
de recherche égyptien et un centre d’études stratégiques
basé à Dubaï le monde arabe perdrait, chaque année, 50% des
médecins qu’il forme, 23% de ses ingénieurs et 15% de ses
scientifiques. Sur l’ensemble des étudiants arabes à
l’étranger, seulement 4,5% retournent chez eux.
En Algérie, en dépit de l’inexistence de statistiques
officielles sur l’expatriation des élites, le phénomène a
pris une ampleur telle que certains organismes de recherche,
tels que le CREAD et le CNE tirent la sonnette d’alarme. Des
dizaines de milliers de cadres, intellectuels et
scientifiques, dont 3 000 informaticiens, ont fui le pays
entre 1992 et 1996. En dix ans, plus de 40 000 chercheurs
ont quitté l’Algérie. Sur un total de 10 000 médecins
étrangers immigrés en France, plus de 7000 sont Algériens,
dont 2 000 dans la seule région parisienne.
Aux États-Unis, la communauté algérienne, composée d’environ
18 000 personnes compte 3 000 chercheurs et scientifiques de
très haut rang. L’Institut national de la statistique et des
études économiques français a recensé 99 000 chefs
d’entreprise d’origine algérienne en Europe, dont une
majorité en France. Ils emploient environ 2,2 millions de
personnes et leur chiffre d’affaires global consolidé
dépasserait 15 milliards d’euros. Par ailleurs, sur les 25
pays fournisseurs d’immigrants au Canada, l’Algérie occupe
la troisième place. L’Algérie fait partie de ces pays qui
constituent des “réservoirs” de compétences bon marché pour
les pays développés. Le phénomène, qui touchait auparavant
les Algériens formés à l’étranger, s’est progressivement
étendu à ceux formés en Algérie. Il a été avancé que
l’Algérie a subi une perte d’au moins 40 milliards de
dollars uniquement pour la période comprise entre 1992 et
1996. Faut-il culpabiliser les élites qui quittent leur pays
pour d’autres cieux ? Voir une élite ayant bénéficié des
formations coûteuses financées par la collectivité nationale
s’installer durablement à l’étranger ne peut pas et ne doit
laisser personne indifférent. Mais cependant, l’inadéquation
de l’environnement professionnel, la non- reconnaissance de
leur statut socioprofessionnel et de leurs compétences, les
difficultés matérielles et encore la faiblesse du niveau de
développement technologique du pays constituent autant de
raisons objectives de l’expatriation des élites. Selon le
président du Forum des chefs d’entreprise, le salaire d’un
chercheur algérien est de l’ordre de 500 euros. Il est de
900 euros en Tunisie et de 1 200 au Maroc. Dans les pays
développés, il est de 6 000 euros. Les laboratoires des
universités algériennes sont pour la plupart obsolètes et la
recherche développement est pratiquement inexistante. Il
n’existe pratiquement aucun lien entre le monde de la
recherche et celui de l’entreprise.
D’une façon, générale, souligne M. Omar Ramdane, les
chercheurs algériens sont tenus à l’écart des évolutions
socioéconomiques et sont marginalisés au plan social. M.
Abdelmadjid Attar critique la mise en place de la bourse de
l’emploi dans le secteur de l’énergie, même s’il lui trouve
tout de même certaines vertus. 30 à 40% des cadres
compétents de la Sonatrach ont quitté cette société à cause
de cette bourse de l’emploi. Il révèle l’existence d’une
circulaire ministérielle interdisant aux cadres de Sonatrach
d'opérer avec des sociétés pétrolières étrangères sur le
territoire algérien.
Du coup, ces cadres partent monnayer leurs compétences dans
des compagnies pétrolières du Moyen-Orient. “Il faut alors
stopper l’hémorragie”, alerte le Forum des chefs
d’entreprise en proposant la revalorisation du statut des
chercheurs et en permettant l’apport ou le retour des élites
expatriées, comme l’ont fait des pays comme l’Inde, la Chine
et la Corée.
Meziane Rabhi,
Liberté, 03 octobre 2006
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