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Les
États-Unis viennent de rafler tous les prix Nobel 2006 des
sciences: médecine, physique, chimie. Au même moment, les
enseignants universitaires sont obligés d’infliger des
années blanches à leurs étudiants pour des pacotilles
d’augmentation salariale et des appartements sociaux dans
des cités urbaines. Au même moment, le ministère de la
Formation professionnelle qui, il y a à peine quelques
années, fabriquait encore des dactylographes, décide
d’arabiser l’enseignement professionnel. Au même moment,
l’école persiste à former des fidèles pieux au lieu de
former des citoyens instruits. Au même moment, l’État
s’échine et se saigne à rapatrier des chefs islamistes qui,
de leur exil doré, supervisaient la démolition des
institutions, les massacres d’Algériens et l’extermination
des intellectuels.
Au même moment en Algérie, on se lamente, une fois de plus,
sur l’exil de quarante mille chercheurs.
Ces récurrentes jérémiades ont quelque chose d’emprunté, au
regard du traitement dont souffre la recherche. Car si rien
n’est fait pour retenir les élites scientifiques et
culturelles en position de départ, à quoi rime la prétention
de convier au retour ceux qui sont déjà installés ailleurs ?
Notre État peut consacrer des efforts budgétaires
exceptionnels pour s’attirer la confiance de terroristes et
de leurs tuteurs, mais, rebuté par les revendications des
universitaires, il traîne leurs représentants syndicaux
devant les tribunaux. Cet État-là ne peut légitimement pas
affecter de déplorer l’hémorragie intellectuelle qu’il
inflige au pays.
Ce n’est tout de même pas pour rapatrier Elias Zerhouni,
chercheur en médecine et directeur des National Institutes
of Health (NIH), mais pour attirer l’autre “Américain”,
Anouar Haddam, chercheur de cibles terroristes et dirigeant
du Front islamique du salut (FIS) que le pouvoir se donne
tant de mal depuis tant d’années.
Au commencement, il y eut l’œuvre dévastatrice de l’École.
Le slogan-programme de “généralisation de l’utilisation de
la langue arabe” exprimait parfaitement la finalité
exclusiviste de l’école fondamentale. La langue est devenue
le critère de reconnaissance et de promotion dans le but
évident de disqualifier la qualification et la compétence
dans la compétition professionnelle, sociale et… politique.
Dans l’expression publique, le contenant a pris le statut de
discriminant aux lieu et place du contenu. Le verbe a
supplanté le sens et le discours a détrôné l’idée. Interdits
des médias de masse, les experts et les intellectuels sont
refoulés aux fonds obscurs des laboratoires et des cabinets,
voués à des carrières clandestines, puis au déclassement
social. Beaucoup d’entre eux s’en allèrent se faire
reconnaître sous d’autres cieux.
Le terrorisme parachevait plus tard la désertification
culturelle accomplie par le truchement de l’école et de la
télévision : pour beaucoup, ce fut la valise ou le cercueil.
C’est presque une juste récompense que les terroristes
jouissent de plus d’empressement que les savants.
La solidarité de coterie et le clientélisme qui fondent les
régimes autoritaires sont incompatibles avec la compétition
des compétences qui, elle, suppose un État démocratique.
La science, c’est aussi une question de liberté.
Mustapha Hammouche,
Liberté, 08 octobre 2006
musthammouche@gmail.com
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