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Avec
l’âge, les cheveux gris ne s’accommodent pas d’une pension à
6 000 DA dans un pays où le pouvoir d’achat est en chute
libre devant des prix à donner le tournis à un acrobate.
Résister à ce rythme relèverait du miracle quand on a dans
sa bourse la moitié du SNMG mensuel.
On
comprend parfaitement que des travailleurs, des enseignants
fassent grève, descendent dans la rue ne comptant que sur
leurs jambes et leurs cordes vocales pour réclamer des
droits, crier leurs légitimes revendications. Cette scène
est assez courante, partie prenante de la vie du travailleur
algérien qui demande du respect, de la considération et son
droit à une vie décente.
Hier, nous avons eu droit à l’image anticipée de ce qui les
attend une fois qu’ils sont libérés de leur mission. Parce
qu’ils seront encore, à cet âge avancé, obligés de reprendre
“le chemin de la rue” pour réclamer un peu de dignité pour
savourer le dernier repos.
Des centaines de retraités estampillés FNTR ont organisé une
action pour exprimer leur “indignation” de la
marginalisation et du manque de considération pour le pan de
société qu’ils représentent malgré sa fragilité. Fragilité
due au travail et au sacrifice consentis pour le pays. Car
les protestataires d’hier étaient tous des cheveux gris, des
corps fatigués par le poids des années, dégageant le besoin
de reconnaissance, à commencer par une pension qui les mette
à l’abri du besoin et surtout de la compassion pouvant
aboutir irrémédiablement à leur stigmatisation. Et c’est
avec fierté que les retraités revendiquent ce droit, cette
récompense méritée pour ce qu’ils ont fait, une vie durant,
pour le pays.
Avec l’âge, les cheveux gris ne s’accommodent pas d’une
pension à 6 000 DA dans un pays où le pouvoir d’achat est en
chute libre devant des prix à donner le tournis à un
acrobate. Résister à ce rythme relèverait du miracle quand
on a dans sa bourse la moitié du SNMG mensuel.
Cela d’autant que, argue la fédération des retraités, le
président de la République a décidé de relever le seuil
minimal de la retraite à 10 000 DA pour les faibles
pensions, de créer une caisse de réserve, et que le pays
dispose d’un matelas financier susceptible de faire
bénéficier les plus défavorisés sans risque de grever les
équilibres financiers.
Paradoxalement, l’action de protestation semble s’installer
comme l’unique voie de recours pour faire entendre et
espérer faire aboutir les revendications. Et les retraités
ne sont pas l’exception en Algérie. Peut-on dire “le combat
continue” à cet âge-là ? Est-il décent d’ignorer cette
catégorie et laisser les choses traîner dans les malentendus
compliquant davantage des situations qui se règlent dans le
dialogue ?
Djilali
Benyoub,
Liberté, 12 octobre 2006
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