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La date du premier novembre est souvent associée,
à juste titre d'ailleurs, au glorieux Front de Libération National. Donc,
que l'on parle du FLN, de ce qu'il a fait un certain 1 er
novembre est chose tout a fait logique et normale. Mais que l'on
établisse un lien entre un président américain, en
l'occurrence J.F. Kennedy, et cette date peut paraître
invraisemblable à premier abord. El Hadj Abdelhamid dans un
texte, paru au Quotidien, met en exergue le lien qui
unissait Kennedy à notre révolution. Voici l'article:
Mai 2005.
Le porte-avions français Charles-de-Gaulle mouille au large
des côtes américaines. Objectif: exercices aéronavals alliés
franco-américains «d’instruction». Au terme des manœuvres,
une escadrille US salue le bâtiment français en formant une
croix de Lorraine. Cette délicatesse provoque le commentaire
acide d’un journaliste de la télévision française qui
retransmettait l’événement: «Le Général doit s’en retourner
dans sa tombe». D’autant que ces exercices se déroulent en
plein contexte «irakien» dont l’invasion par une coalition
américano-européenne a constitué un acte
«international-illégal» stigmatisé surtout par la France
dans les débats onusiens.
Mais la
diplomatie française sait cultiver l’ambivalence
«utilitaire». De Manhattan, De Villepin, tribun lettré,
s’envole dans un lyrisme remarquable: «La France, qui a
connu les affres de l’occupation, n’oublie pas ses
libérateurs».
L’invasion
de l’Irak traduit, de l’opinion la plus partagée,
l’expression la plus radicale de la «naphto-dépendance»
américaine, surtout après le tarissement probable annoncé
des réserves de l’Arabie Saoudite qui devient subitement un
«réservoir» de terroristes et d’où the US Army a vite fait
de déménager son Q.G. pour une affectation plus appropriée
aux perspectives stratégiques.
Le choc
pétrolier de 1973, dont les mécanismes de survenue restent
douteux tant il a, en définitive, plus profité aux
multinationales du pétrole qu’aux pays de l’OPAEP qui n’ont
récolté, pour la plupart, que des représailles politiques,
hante toujours la mémoire des économistes. Et l’Amérique,
depuis la crise de 1929, semble s’être juré de ne plus
connaître une pareille situation, quels qu’en soient les
moyens. La France aussi développe une «addiction» au pétrole
arabe. Ainsi courtise-t-elle souvent l’opinion arabe.
Lors de
l’invasion de l’Irak, la rue arabe a adressé mille vivats à
la France et à Chirac pour sa position onusienne et semble
avoir oublié que c’est la France qui a doté Israël de l’arme
nucléaire, conférant à ce pays un rapport de force, avec ses
voisins, irrémédiablement favorable.
Mais la
hantise du manque de pétrole peut conduire tous les grands
de ce monde à des comportements radicaux: Poutine rase et
occupe la Tchétchénie, et Chirac menace, en pleine crise du
dossier nucléaire iranien, d’utiliser l’arme atomique pour
défendre «les intérêts de la France».
Mais
retour au Charles-de-Gaulle, le bâtiment, et à Charles de
Gaulle, le président, qui devait se retourner dans sa tombe,
selon le journaliste de TF1, parce que le porte-avions qui
porte son nom est salué par une escadrille US qui dessine la
croix de Lorraine. Ceci me renvoie à une autre édition:
celle du magazine Paris-Match lors du voyage de John F.
Kennedy en France.
Paris-Match, s’inspirant probablement du magazine américain
disparu, Life, repose sa philosophie de la communication sur
la primauté de l’image sur les mots. Aussi, le reportage sur
la visite de John F. Kennedy à Paris est sublime. La US
first lady, Jacqueline, and her husband, subjuguent la
vieille Europe par leur classe qui ferait pâlir de jalousie
tous les couples royaux et princiers du Vieux Continent.
John F.
Kennedy, descendant d’immigrants irlandais dont beaucoup ont
fui la persécution de l’Empire parce qu’une mauvaise récolte
de «potatoes» n’a pu s’acquitter de la redevance fiscale de
Sa Majesté, semble ramener, dans la vieille Europe, la
revanche du Nouveau Monde bâti par les «fils» des peuples
asservis et persécutés par les monarchies archaïques de
l’Ancien Continent.
L’accueil
de Paris est à la hauteur du prestige du fabuleux couple.
Mais un commentaire, composé de deux mots et d’un point
d’interrogation, en marge d’une immense photo montrant De
Gaulle entouré du couple présidentiel, ne laisse pas
indifférent: «Le dégel ?»
L’évocation de ces deux reportages distants m’impose une
réflexion: ainsi, entre la France et l’Amérique, a soufflé
une perturbation de l’atmosphère atlantique contemporaine de
J.F. Kennedy qui en aurait été partie prenante.
Et plus de
quarante années après, cet orage n’est pas oublié. Quelle
est donc cette force de la nature qui a «rafraîchi» et
fissuré l’Alliance atlantique; la France quitta le
Commandement intégré de l’OTAN en pleine guerre froide
totale entre les deux blocs, Est et Ouest.
De prime
abord, l’on serait légitimement conduit à évoquer le génie
ravageur «d’espions venus du froid» du puissant KGB
soviétique, habitué aux «orchestrations rouges»
infaillibles. Mais les Russes n’y sont pour rien, dans cette
affaire.
Le maître
d’oeuvre de cette formidable opération «Coup de glace sur
l’OTAN» n’est autre que le FLN algérien.
Le FLN,
qui a forcé le respect à une échelle planétaire par sa
redoutable efficacité grâce à sa capacité de moduler le
combat sur le terrain militaire ou diplomatique selon la
conjoncture, son entière indépendance par son caractère de
mouvement de libération pur, autofinancé et réfractaire à
toute obédience étrangère, fût-elle arabe, disposait d’une
élite dirigeante exceptionnelle.
Une
anecdote historique illustre cette infaillible efficience:
Lucky Luciano, le chef de la maffia italo-américaine, qui
trône sur deux continents et qui avait réussi à parasiter la
logistique de la US Army en Italie après le débarquement du
Sud de l’Europe, s’essaya plus tard sur le «trafic» des
armes organisé par le FLN en Méditerranée à destination de
l’Algérie.
La
réplique du FLN sur les «affaires» de l’organisation
criminelle fut si percutante qu’elle fit renoncer Lucky
Luciano définitivement à ses tentatives. Il fit alors une
déclaration restée célèbre: «Les Algériens, il vaut mieux
être avec eux que contre eux».
La genèse
des troubles franco-américains remonte à la rencontre du FLN
avec le brillant sénateur J.F. Kennedy. En misant sur JFK,
le FLN réalise une extraordinaire opération de »démarching»
et de »loobying» de sa cause auprès d’un intéressant
postulant à la Maison-Blanche. La rencontre de JFK et du FLN
pesa sur deux destins: la carrière du plus populaire
président des USA et l’avenir d’un Etat, l’Algérie.
Le FLN
possède des arguments «historiques» pour entreprendre la
séduction préliminaire de JFK. Alger fut la première
capitale à reconnaître la jeune nation américaine proclamée
par George Washington et il existe un Traité d’amitié algéro-américain
signé en 1795 !
Pendant
les deux conflits mondiaux, les Américains ont pu apprécier
la valeur des combattants nord-africains et surtout des
Algériens présents sur tous les fronts pour la libération de
l’Europe.
Les
Nationalistes algériens amorcent tôt des contacts avec la
Maison-Blanche: l’Emir Khaled écrit au président Wilson et
la ville de Kader aux USA rend hommage à son aïeul, l’Emir
Abdelkader, en reconnaissance à son prestige universel !
JFK est
charmé par une rhétorique familière aux Américains:
Indépendance, Patriote, Liberté, Nation, Colonisation des
peuples par les Empires. L’intervention du FLN à l’ONU lors
de la Question algérienne fait naître un mouvement spontané
de citoyens américains prêts à porter les armes aux côtés
des Algériens.
L’onde de
sympathie engrangée par le FLN pour la cause algérienne sera
reportée par l’opinion américaine sur le sénateur-candidat
qui a choisi le camp d’un peuple opprimé et bravé un allié
atlantique.
Cette
sympathie capitalisée, JFK en tirera un dividende électoral
décisif.
La légende
rapporte que JFK aurait déclaré à ses interlocuteurs
algériens, à la manière de sa célèbre déclaration de Berlin
sous le blocus lorsqu’il sera président (Ich been ein
Berlineer !): Ana Jaza’iri ! (I am an Algerian !) pour
exprimer sa sympathie. Les arguments historiques d’affinité
entre l’Amérique et l’Algérie ne sont qu’une «entrée»
savamment servie par le FLN pour mettre sur la table du
sénateur JFK une réelle force de persuasion: le pétrole (et
le gaz) du Sahara algérien. D’importantes discussions sont
échafaudées et des perspectives commerciales énergétiques
sont évoquées. Pour préparer cet avenir commun, le FLN
envoie des étudiants algériens en Amérique pour des hautes
études de l’énergie (l’actuel ministre en faisait partie).
Les
états-majors sénatoriaux des USA, décideurs électoraux,
mesurent pour la plupart, l’importance stratégique de l’Imported-oil
pour l’économie américaine et la perspective de nouvelles
sources d’approvisionnement les mobilise autour de la vision
de JFK d’une Algérie indépendante et «maître de ses
ressources».
Le rival
de JFK à la Maison-Blanche est Richard Nixon qui fera plus
tard une carrière présidentielle désastreuse qui lui vaut un
«empeachement» et une résidence avortée au White-House.
Nixon,
tenant d’un discours de puritanisme social rigoureux que ne
renierait pas un intégriste religieux, à l’opposé de JFK à
la «mondanité» très affichée, prônait pour l’Amérique, une
utopique vision de l’énergie: «The Energetic Indépendance» !
Le FLN,
qui a gagné l’opinion américaine à sa cause et convaincu le
sénateur JFK de l’intérêt des USA d’une Algérie indépendante
et souveraine de ses ressources énergétiques, a
indéniablement pesé, par un effet retour (feed-back), sur
l’investiture de JF Kennedy à la Maison-Blanche.
La fin
tragique de John Fitzgerald Kennedy plonge l’Algérie dans un
profond chagrin dû à la perte d’un «grand frère d’armes».
Dr. El Hadj
Abdelhamid, Le Quotidien d'Oran , 02 novembre 2006
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