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Clandestins mais tellement nationalistes

 

Rédaction cnes-usto.ifrance.com (15 novembre 2006)- Le 14 octobre 2006, un certain "cnessiste convaincu" avait laissé ce message : "Mes chers Amis, je vous félicite pour la qualité de votre travail qui se professionnalise de jour en jour. J'ai été très ému en voyant la photo de la scène de l'arrestation de Kaddour Chouicha. Si mes souvenirs sont bons, le lendemain il y a eu un très beau billet de Kamel Daoud dans le quotidien "Au pays du Bras". Il serait très intéressant, si possible, de le mettre à côté de cette photo "historique"...". Bref, à défaut d'avoir pu trouver l'article en question on vous publie aujourd'hui un autre billet, plus récent celui-ci, de cet excellentissime éditorialiste du Quotidien. Il se peut qu'il n'y ait, en apparence, aucune relation directe avec les préoccupations majeures de notre syndicat,  mais la qualité de la réflexion ainsi que le style font qu'il ne peut que être republié dans notre site. Les phénomène de la "Hedda" concerne aussi les enseignants universitaires algériens. Le problème donc, bien que différent dans la forme est le même dans le fond.

Autre raison : Il est dommage qu'avec le boom caractérisant actuellement l'espace d'information électronique (blogosphère), l'on ne puisse pas trouver ne serait-ce qu'un blog personnel de ce chroniqueur hors-pair...

Harraga mais tellement nationalistes !

Un des plus grands luxes de la psychologie de l’Algérien est de s’offrir le droit au paradoxe sans obligation de cohérence: on veut plus de visas pour quitter le pays mais on reste scrupuleusement nationalistes lorsqu’on n’a pas où terminer ses jours. Durant la visite du superministre français, Nicolas Sarkozy, les deux dossiers ont nonchalamment fait bon voisinage sans heurter personne. La demande de pardon s’est accompagnée d’une demande de partance, sans scandale. On demande tout à la fois à la France de s’excuser de mal nous accueillir dans ses consulats et de s’excuser de nous avoir mal fait vivre chez nous pendant 132 ans.

Question: comment expliquer à un Français qu’entre nous nous sommes les derniers à se soucier de l’Histoire et les premiers à vouloir changer de géographie, tout en lui expliquant que face à elle nous sommes très pointilleux sur le passé pour excuser l’échec du présent ? Comment expliquer à un Français que le nationalisme chez nous est une question de vie et de mort avec l’immense poids des morts qu’elle a tué et que le départ massif vers l’Europe est aussi une question de vie et de mort avec l’espoir d’une vie meilleure que la mort ici ?

Comment dire à la France que l’on a besoin de lui faire la guerre pour garder le pays vivant et qu’on a besoin de quitter le pays pour sauver sa propre vie ? Par quel raisonnement faire admettre à un étranger que beaucoup veulent quitter le pays parce qu’il est coupable du « présent » et que beaucoup veulent une demande de pardon parce que la France est coupable du passé ? Réponse: on ne peut pas.

En France, les « immigrés » portent le drapeau algérien sur leurs blousons là où les Algériens d’Algérie portent le drapeau français sur leurs casquettes. C’est-à-dire que là où les immigrés sifflent la Marseillaise faute de mieux, les cousins d’ici acclament Chirac en criant «Visa». Pour comprendre, il faut être un tiers-mondiste coincé dans la pauvreté comme une mouche et avoir mal d’avoir été colonisé à l’époque où on n’était pas encore né et avoir encore plus mal à l’époque où l’on n’arrive pas à naître. La conclusion ? aucune: le nationalisme local se portera d’autant mieux que la France refusera de demander pardon.

L’Algérie n’a pas une autre idéologie de rechange pour avoir une meilleure image d’elle-même. Que ferons-nous le jour où la France nous demandera pardon et fermera honorablement la parenthèse de la colonisation ? En principe, nous allons simplement ouvrir le dossier de l’Indépendance et exiger les excuses de ceux qui nous l’ont laborieusement gâché. Mais là, c’est presque impossible à obtenir: ceux qui sont « tombés » avant 1962 sont des martyrs tués par la France qui doit s’excuser, mais ceux qui sont tombés après 1962 sont des idiots qui ont glissé en marchant et ils ne peuvent en vouloir qu’à leurs chaussures.

Conclusion: on peut être harraga mais tout aussi vigoureusement nationalistes. C’est le seul moyen de donner un sens à l’histoire.

Kamel Daoud, Le Quotidien d'Oran, 15 novembre 2006


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