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La prestation télévisée du Chef du gouvernement en direct en
date du 11 novembre 2006, en présence de la presse
nationale, de la presque totalité des membres du
gouvernement et de quelques personnalités nationales, marque
le souci de la concrétisation du programme présidentiel.
L’ensemble des sujets abordés pour la première fois sans
tabou, outre les aspects internationaux, ont tourné
fondamentalement autour des enjeux de la bonne gouvernance
et des défis socio-économiques qui attendent l’Algérie, qui
relèvent pour l’essentiel de trois grandes catégories. Il
s’agit notamment de la réforme de l’Etat incluant le volet
de la justice; de l’éducation et de l’économie pour une
insertion harmonieuse dans l’économie mondiale et d’une
lutte efficace contre le chômage et la pauvreté.
La corruption, un obstacle au développement
Si le retour à la paix, à la stabilité et à la sécurité
constitue la condition sine qua non du développement et de
la prospérité, la démocratisation de la vie politique et la
restauration de la crédibilité des institutions de l’Etat ne
représentent pas moins des conditions tout aussi
fondamentales. La bonne gouvernance concerne l’ensemble des
outils et des méthodes de gestion des affaires de la Cité et
embrasse la totalité des actions politiques - celles des
hommes comme celles des institutions qu’ils dirigent - qui
ont pour vocation de servir la collectivité. Mesurable et
quantifiable, en quelque sorte, la bonne gouvernance est
aujourd’hui l’objet d’une attention particulière à la fois
des institutions internationales, des grandes nations et
d’ONG internationales spécialisées. Pour Transparency
International, dans ses rapports 2005/2006, l’Algérie
connaît un taux de corruption élevé (sur 155 pays, l’Algérie
était classée à la 97ème place); et dans le récent rapport
2006, elle gagne quelques points par rapport à 2005 (note de
3,1 sur 10, en étant classée 84ème sur 163), le Nigéria
étant classé 142ème.
La Banque mondiale a pour sa part élaboré des indicateurs de
la qualité de la gouvernance fondés sur des enquêtes. Ainsi,
l’indicateur «force de la loi» mesure la prédictibilité de
la justice et le coût engendré par les crimes et délits,
alors que celui d’»efficacité des gouvernements» mesure la
qualité des administrations, les coûts des transactions, la
qualité du système public d’éducation, de santé et la
stabilité des gouvernements. S’agissant de l’Algérie, les
résultats qu’elle réalise, selon les derniers rapports de la
Banque mondiale, semblent mitigés. «La corruption dans les
administrations et le système judiciaire semble constituer
une entrave aux affaires en Algérie. La mauvaise position de
l’Algérie est liée au détournement de deniers publics, au
trafic d’influence et à la corruption dans les marchés
publics», lit-on dans ces documents . Cela explique le
nouveau projet de loi 2005 sur la lutte contre la corruption
qui criminalise l’enrichissement facile et douteux, texte
destiné à renforcer la législation existante, l’utilisation
de méthodes modernes, la coopération internationale, la
coordination des différents services de sécurité, du
ministère des Finances, de la Justice et d’autres secteurs.
S’il y a lieu justement de signaler que la corruption existe
de par le monde et qu’elle a toujours existé en Algérie
depuis 1963, et que le verrouillage médiatique a permis de
cacher cependant, ce n’est donc pas une question seulement
de texte que contredisent les pratiques sociales, du fait
que le gouvernement algérien a déjà créé par le passé
l’Observatoire de lutte contre la corruption et que
l’Algérie a ratifié la convention des Nations unies contre
la corruption d’octobre 2003. Pour éviter les règlements de
comptes inutiles, la bureaucratisation de ce processus, la
mise en place de mécanismes transparents dans la gestion des
affaires, l’implication de l’ensemble des segments pour une
société plus participative et citoyenne, base d’une bonne
gouvernance, sont les conditions fondamentales pour éviter
que la puissance publique soit utilisée à des fins
d’enrichissement privé. Il s’ensuit qu’il y a lieu de
favoriser plus de liberté et de démocratie par l’insertion
harmonieuse au sein de la société internationale.
Il faut avoir une autre perception de la garantie des droits
de propriété, cet aspect étant lié à la perception générale
du niveau de démocratie et du niveau de corruption. D’où
l’importance de la réforme de la justice, de
l’administration publique et la modernisation des finances
publiques. La première réforme comprend l’adaptation et
l’harmonisation de la législation; le renforcement de
l’indépendance de la justice; la spécialisation des
magistrats, en particulier dans les domaines économiques; la
décentralisation de la gestion des juridictions et la
réhabilitation du système pénitentiaire. La seconde concerne
la réforme de l’administration publique et le renforcement
des collectivités locales, qui ont, quant à eux, pour
objectifs de rendre l’administration plus efficace et de la
réhabiliter aux yeux de la population, ainsi que la révision
des lois sur les associations afin de faciliter la
participation des citoyens aux affaires locales. Enfin, la
modernisation des finances publiques doit permettre de
combattre la fraude et d’augmenter le rendement de la
fiscalité ordinaire, l’administration fiscale devant être
dotée d’un statut spécial, réorganisée et modernisée, en
plus des mesures spécifiques devant viser l’élargissement de
la recette et une meilleure efficacité des dépenses (1).
Défis sur le plan des réformes sociales et de l’éducation
La prise en charge de la dimension «développement humain»,
dont l’Algérie pour cet indice, selon les rapport sud PNUD,
est passée de la 103ème en 2003/2004 à la 102ème en
2005/2006, sur 177 pays, loin derrière la Tunisie, ne
reflétant pas ses potentialités, implique des actions
vigoureuses dans des secteurs aussi divers que
l’enseignement et la santé. Les objectifs visés sont
l’amélioration du rendement du système et de la qualité de
l’enseignement, la réduction des disparités en matière de
scolarisation, le rapprochement de la formation
professionnelle du monde du travail et la modernisation des
statuts des établissements de formation. Ainsi, le
développement des ressources humaines, en particulier
l’éducation et la formation professionnelle, doit être
renforcé afin d’accompagner les réformes structurelles de
l’économie et d’améliorer les perspectives d’une
participation à la vie active, notamment de la femme et des
jeunes générations.
Ceci inclut aussi le problème de la requalification des
effectifs touchés par les effets de la transition
économique. Les organismes internationaux classent l’Algérie
pour l’enseignement supérieur et la formation (faiblesse du
niveau) à la 84ème sur 125 pays. Le nombre d’étudiants
(actuellement 950.000), divisé par les professeurs et
maîtres de conférences (actuellement 4.500), donne un ratio
de plus de 211 en moyenne nationale, ratio qui doit être
multiplié par deux et trois, selon certains filières, sans
compter le déséquilibre régional où Alger, Constantine,
Annaba, Oran, Sétif, Tizi-Ouzou et Tlemcen accaparent plus
de 70% de rang magistral. Si l’on prend la norme d’un
assistant ou maître assistant par classe de TD de 21, qui
assistent dans les universités internationales (chaque rang
magistral ne pouvant donner des cours), il faudrait en
moyenne 10 assistants par rang magistral, alors que la norme
ne doit pas dépasser 5, montrant en fait un déficit actuel
de plus de 50% dans le rang magistral et un déficit de plus
de 35% à 50% dans le rang des assistants et maîtres
assistants (normes internationales de 10/15 étudiants par
classe de TD).
Cette situation est amplifiée par le salaire (moyenne de 500
euros pour les plus haut gradés), qui est un quart (1/4) du
Marocain et du Tunisien (aligné sur celui du Burkina Faso),
sans compter les conditions de travail et le manque de
considération, d’où l’exode massif de cerveaux. D’ailleurs,
à notre connaissance, ce dossier de la revalorisation de
l’élite du pays est une des préoccupations centrales du
Président de la République, comme en témoigne son discours
récent à l’Université de Batna.
Lié à cela, l’emploi, qui est un paramètre privilégié
d’insertion sociale, en accordant une plus grande attention
aux micro-entreprises, aux micro-crédits et au
fonctionnement du marché de l’emploi qui devra être
amélioré, notamment par des agences de placement et le
renforcement des contrats de pré-emploi.
Autre point, la réforme de la sécurité sociale, en
particulier celle de la santé et du système des retraites
qui implique la réhabilitation des équilibres financiers,
l’amélioration de la gestion ainsi que l’intégration du
secteur privé. Enfin, le logement social, où l’action du
gouvernement devra améliorer l’offre en renforçant le rôle
des banques dans le crédit hypothécaire, l’intervention de
promoteurs privés et les aides au logement social qui
devront être personnalisées et mieux ciblées (procédures
d’attribution). Mais l’ensemble des conditions de
l’amélioration sociale passe par une véritable relance
économique.
Défis au plan macro et micro-économique
L’Algérie doit continuer son effort en vue de la
stabilisation macro-économique, un taux d’inflation
inférieur à 3%, encore qu’un débat est en cours au niveau de
la Communauté européenne autour de ce taux rigide. Et selon
certains experts, un léger déficit budgétaire ciblé étant
une condition pour la relance, passant par la maîtrise des
dépenses publiques.
Par ailleurs, le développement des échanges avec les voisins
sud-méditerranéens (nécessaire intégration maghrébine)
augmenterait la taille des marchés et garantirait les
économies d’échelles requises pour l’amortissement de
l’investissement. Il s’agira de lever notamment quatre
faiblesses: le très faible niveau d’investissement étranger,
même si une bonne progression a été constatée dans les
quatre dernières années, qui reflète une franche
amélioration du cadre légal des IDE; une faible ouverture
aux échanges relativement à la population du pays et son
extrême spécialisation dans les hydrocarbures; un poids du
service de la dette toujours élevé relativement aux échanges
mais qui tend à diminuer avec le remboursement de la dette
par anticipation; un secteur privé, qui est bloqué dans son
développement par les entraves bureaucratiques et dont les
investisseurs porteurs à moyen et long terme ne disposent
toujours pas de moyens de financement, la part du crédit qui
est octroyée à ces segments d’entreprenants étant toujours
extrêmement faible (dominance de l’import), ce qui grève les
possibilités de diversification de la production et des
échanges. Cela passe par l’intégration de la sphère
informelle dominante en Algérie (10 à 14% du PNB, mais plus
de 40% hors hydrocarbures). Sur le plan des actions
micro-économiques et institutionnelles, l’Algérie doit, en
priorité, accélérer la mise en oeuvre de la privatisation et
le bilan de la privatisation, conçu comme acte
d’investissement, est mitigé: 250 entreprises de taille très
moyenne inventoriées dans les années 1996/1997; les
entreprises publiques restantes, environ 1.000, ayant un
découvert global de 250 milliards de dinars, un endettement
global de 280 milliards de dinars concentrés à 80% au niveau
de 25 entreprises et 40% des entreprises publiques ont une
valeur ajoutée inférieure à 30% du chiffre d’affaires et une
mise à niveau nécessiterait environ 260 milliards de dinars
au minimum. Il s’agit de créer des conditions favorables au
développement par une véritable politique industrielle.
En parallèle, le secteur financier doit être modernisé et
davantage ouvert au capital privé. L’adaptation et
l’harmonisation du cadre réglementaire avec l’UE et les pays
voisins amélioreraient la compétitivité internationale des
entreprises. La libéralisation et la modernisation des
infrastructures économiques, en particulier celles qui sont
à vocation régionale, renforceront l’intégration
sous-régionale et l’intégration à l’économie mondiale,
d’autant plus qu’avec la Russie et la Norvège, l’Algérie
approvisionne en gaz l’Europe à travers les gazoducs via
l’Italie et l’Espagne. La modernisation de l’agriculture,
dont la facture alimentaire devient inquiétante (plus de 3,5
milliards de dollars US) malgré le programme du PNDA dont il
conviendra de dresser un bilan, contribuera à la
diversification de l’économie. Enfin, la résolution du
problème du foncier est fondamentale, en rappelant que selon
une enquête du CNEAP en 2005, sur 10.000 hectares concédés
ou cédés par l’Etat pour des projets industriels, moins de
50% sont entrés en exploitation.
La nouvelle politique économique algérienne devra mieux
articuler le jeu du marché et l’action de l’Etat dans son
rôle d’encadrement macro-économique et macro-social, au sein
d’un espace équilibré et solidaire, modèle que nous avons
esquissé entre 1972 et 1973 (il y a 33 ans) (2), objectif
stratégique d’ailleurs du nouveau commissariat à la
planification et à la prospective (surtout pas de
fonctionnaires comme par le passé) et réorienter la
politique économique avec pour fondement le savoir.
N’ayant pas de prise sur ses propres comptes extérieurs, qui
ne dépendent que des cours du pétrole/gaz et du taux de
change du dollar, le PIB par habitant évolue de manière
chaotique, la ressource financière n’étant pas synonyme de
développement. Le fonds de régulation, avec 2.900 milliards
de dinars, sert à financer le déficit du Trésor, mais avec
l’obligation de maintenir le solde de ce fonds à hauteur de
740 milliards de dinars et les réserves de change de plus de
70,3 milliards de dollars à septembre 2006 consacrées au
développement, dont le fameux plan de soutien à la relance
économique de 100 milliards de dollars US, objet de toutes
les convoitises, une partie ayant été reconvertie en bons de
trésor américain ou placée dans des banques très
internationales bien cotées appelées 3 AAA, en dollars et
euros avec intérêts, l’Algérie entre 2000 et 2006 ayant
réglé pour sa dette extérieure par anticipation, tant au
niveau du Club de Paris - dette publique - que de Londres -
dette privée -, 12,14 milliards de dollars US. Car la
position extérieure de l’Algérie reste dominée par la
faiblesse inhérente à sa spécialisation dans les
hydrocarbures (la production et les exportations hors
hydrocarbures représentent moins de 2% du total, donc
marginales, et à l’intérieur de ces 2%, les demi-produits
représentant plus de 65%).
Disposant d’une richesse naturelle éphémère, celle-ci étant
amenée à s’épuiser, nous devons à la fois préserver cette
ressource pour les générations futures et progressivement
trouver des sources de revenus différents. Il s’ensuit que
les niveaux de croissance nécessaires pour entraîner une
amélioration significative de la situation, estimés à 7-8%
par an jusqu’en 2012, semblent difficiles à atteindre à
court terme. Pourtant, selon les institutions
internationales, la concrétisation des réformes par une
meilleure visibilité dans la démarche, menée avec
détermination et pragmatisme, devrait permettre à l’Algérie,
du fait de ses potentialités et de sa situation
géostratégique, de jouer le rôle de pays pivot au niveau de
la région. C’est le message d’espoir du Chef du
gouvernement. Sera-t-il concrétisé ?
1) Abderrahmane Mebtoul: La bonne gouvernance frappe à
toutes les portes (Quotidien d’Oran du 28 octobre 2006).
2) Entre 1972 et 1973, au moment où j’étais chargé de
mission au Secrétariat d’Etat au Plan, nous avons esquissé
avec notre ami Mouloud Téhami d’Alger, ingénieur
statisticien et docteur en économétrie, expert pendant de
longues années au PNUD (1980/1995), à l’aide de modèles
matriciels, cette nécessaire articulation dans un document
intitulé «Elaboration d’un modèle multisectoriel d’équilibre
régional pour l’Algérie», SEP Alger 1973.
Abderrahmane
Mebtoul (Expert International),
Le Quotidien d'Oran, 16 novembre 2006
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