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Rédaction
CNES-USTO.IFRANCE.COM (16 novembre 2006)-
C'est presque un réquisitoire que tient Zoubir Khélaïfia
contre l'outil cybernétique version Algérie. Sous le titre "Cyberarnaque
dans l’enseignement", ce journaliste dresse un bilan négatif
sur l'utilisation abusive de cet outil au niveau de
l'enseignement chez nous, en Algérie. Ce qui, a priori,
était un acquis, peut se révéler à travers cet examen un
frein à la bonne acquisition des connaissances. On peut être
d'accord comme l'on peut désapprouver. Toujours est-il que
la question de l'éducation mérite que l'on s'attarde sur
elle. Lecture:
Cyberarnaque dans l’enseignement
Le cyber enseignement prend de plus en plus de l’ampleur
dans notre pays. A défaut de documentation, le livre étant
trop cher, écoliers et collégiens se rabattent régulièrement
sur les cybercafés en déboursant de l’argent pour réaliser
les exposés qu’on leur demande d’accomplir dans leurs
établissements.
Le système éducatif étant ce qu’il est actuellement, les
responsables lui en rajoutent une autre dose d’ineptie,
privant nos élèves de tout effort. Car si ces responsables,
dans l’espoir d’inciter les enfants à la lecture et à la
recherche, ont instauré ce système d’exposés, il en ressort
qu’ils passent carrément à côté de leur sujet. Les jeunes
écoliers se relayent sur les cybercafés comme les chalands
qui font leurs provisions chez les épiciers. L’essentiel
pour eux, c’est de remettre leurs devoirs à leurs maîtres
pour éluder toutes remontrances sans au préalable avoir jeté
un oeil sur le contenu des feuillets qu’ils payent au prix
fort au grand dam de leurs parents qui arrivent
difficilement à joindre les deux bouts. Pour en savoir plus
sur ce phénomène, nous avons sillonné Alger pour constater
de visu le drame que vivent ces élèves qu’on abêtit de plus
en plus en leur imposant des programmes venus d’ailleurs
sans avoir pris le soin de mettre en place les moyens
nécessaires à leur progression intellectuelle.
«Si dans les pays développés on paye pour s’instruire, en
Algérie, en revanche, on débourse de l’argent pour
s’abêtir», ce sont là les propos d’un parent d’élève, un peu
avisé mais dépité de ce qui arrive à son fils qui passe son
temps à lui demander de l’argent pour se faire imprimer les
quelques lignes relatives au thème de son exposé. «Je ne
vois pas l’utilité de ces exposés s’ils ne sont pas
bénéfiques pour nos enfants qui n’ont même pas les capacités
de comprendre le contenu de ce qu’ils tirent sur Internet»,
a-t-il ajouté. Naïfs et ingénus qu’ils sont, les écoliers
dépouillent leurs parents de leurs maigres revenus sans se
rendre compte qu’ils font l’affaire des propriétaires des
cybercafés qui, outre les bénéfices qu’ils tirent des
internautes, profitent de cet argent providentiel qui leur
est offert sur un plateau. Rencontrée dans un cybercafé,
situé en plein coeur de la capitale, la petite Narimane,
âgée à peine de 10 ans, élève de 2e année moyenne, demande,
avec sa voie puérile et pleine d’innocence, le coût de
l’opération d’impression du thème de son exposé. Sans même
avoir l’obligeance de la regarder, le propriétaire, ravi de
l’aubaine, lui répondit «çà te coûtera 35 DA» et il se
replonge dans son micro. Un exposé ayant trait à l’histoire
contemporaine de notre pays qu’elle n’aura même pas la peine
de consulter, l’essentiel pour elle étant de satisfaire sa
maîtresse comme elle a tenu à le souligner: «Moi et mes
camarades de classe sommes tenus de présenter quatre à cinq
exposés par mois. Trop peu d’entre nous, aidés en cela par
leurs parents, lisent ce qu’on nous imprime sur internet».
Un aveu, même s’il provient de la bouche d’une gamine,
renseigne sur l’étendue du drame que vivent ces enfants si
l’on sait que même les étudiants universitaires ne lisent
presque pas ou le font très peu.
Plus loin, alors que les internautes sont occupés à
tchatcher, le propriétaire d’un cybercafé est lui en pleine
discussion avec un collégien qui peine visiblement à lui
expliquer le sujet de son exposé. Sans même avoir compris,
le responsable du lieu en question «clique» sur la souris de
son poste et entame ses recherches non pour rendre service
au môme mais uniquement pour lui soutirer quelques sous. Une
fois l’opération achevée, le gamin prend ses jambes à son
cou comme pour signifier que sa mission était terminée sans
se rendre compte que ses parents puisent dans leurs maigres
revenus pour son instruction. Comble de l’ironie, certains
propriétaires de cybercafés recrutent carrément de jeunes
étudiants pour s’occuper de ces élèves ingénus qui
malheureusement sont tiraillés entre l’école et ces
commerces sans tirer le moindre profit.
A une question de savoir combien il gagne par mois dans ce
commerce providentiel, le patron du cybercafé éluda
sèchement notre demande mais aura tout de même cette
réflexion. «L’électricité et le papier nous reviennent très
chers !». Cependant, un simple calcul arithmétique démontre
bien que ces commerces tirent un grand bénéfice de ces
opérations qu’ils effectuent quotidiennement. Ne serait-il
pas alors plus rationnel de doter les écoles de réseaux
internet et d’inculquer l’amour de la lecture aux enfants au
lieu de les jeter en pâture à des commerçants ? Il est
incompréhensible de lancer cette campagne appelée «un micro
pour chaque foyer» alors que nos écoles en manquent
cruellement. Un propriétaire, un peu scrupuleux, dont le
cybercafé se situe à Aïn Naâdja, a daigné nous renseigner
sur tout ce qui a trait à ce florissant commerce. «Cela fait
presque trois années que les élèves du quartier fréquentent
de plus en plus mon établissement et je peux vous assurer
que je ne me plains pas». Une façon d’exprimer sa
satisfaction de tirer des bénéfices en cliquant sur un
bouton de micro. Imad, élève studieux et habitant le
quartier, raconte les déboires de ces camarades.
«Je n’ai jamais fréquenté ces lieux mais mes copains de
classe le font régulièrement. Néanmoins, ce sont
généralement les mauvais élèves qui fréquentent
régulièrement les cybercafés dans le seul but d’échapper aux
remontrances de nos enseignants». Il est en 2e année moyenne
dans un collège de Aïn Naâdja. Ses parents prennent en
charge son éducation, y compris ses exposés que son père
s’occupe en personne d’imprimer avant de l’obliger à les
lire intégralement. Résultat de cette prise en charge, Imad
est le plus brillant de sa classe. «Mon fils, contrairement
à ses camarades, n’est pas livré à lui-même. Un contrôle
rigoureux lui est imposé et les résultats ne se sont pas
fait attendre», dira fièrement son père, cadre de son état,
qui s’insurge contre le programme scolaire et le peu de
considération accordée aux enfants qui ne savent plus à quel
saint se vouer pour accomplir leur devoir. C’est dire la
différence entre des élèves qui sont réellement pris en
charge et ceux qui ne le sont pas.
Mais là où le bât blesse, c’est certainement cette
obstination des responsables du secteur de l’éducation à
importer des programmes sans au préalable tenir compte des
moyens éducatifs, logistiques et infrastructurels dont
dispose le pays. Ce qu’on appelle en termes plus clairs
l’absence totale de planification et ses conséquences. La
refonte du système éducatif tarde à se concrétiser alors que
le programme du président de la République en fait la
priorité. En faire une priorité en est une chose mais la
traduire sur le terrain en est une autre. Et si nos voisins
marocains et tunisiens se montrent pragmatiques dans le
domaine, il est malheureux de constater que notre système
éducatif régresse au fil des années au point où l’école est
devenue insupportable pour nos enfants.
Zoubir
Khélaifia,
Le Quotidien d'Oran, 16 novembre 2006
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