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Algérie : Une dignité interdite aux plus de 18 ans ?

vendredi 25 janvier 2008 par cnes-usto

Brusquement, la grève des lycéens devient fascinante. A la regarder sans casque d’analyse ni grille de lecture carnivore, on en vient presque à vouloir se débarrasser de sa molle maturité et en rejoindre l’aspect multicolore rien que pour tromper son âge et régler un vieux compte qui remonte à octobre 1988.

Dans un pays sans spectacles ni enthousiasmes sincères, la grève des lycéens devient brusquement captivante : elle n’a pas de partis politiques à la tête, ni des demandes de réformes de code communale à la queue. Elle est là et on ne peut ni l’infiltrer pour la caporaliser, ni la matraquer abusivement sans provoquer des condamnations, ni la cerner pour en canaliser le flux vers une réforme de la constitution ou l’inauguration d’un robinet. Elle n’est pas utilisable par les élections, ni convertible en grève de boulangers. Elle est là, mieux organisée que tout le reste, presque heureuse, « festoyante » dans une RADP trop grise et irréductible à la thèse du Grand Manipulateur, le dénommé B. Hamza, ce Franc-maçon du ministère de l’Education. Et puis, elle permet de rêver : et Si... Et si le Big Brother pouvait finalement être vaincu par des little brothers en cartables ? Car finalement dans les pays où les démocraties ont été domestiquées par des fausses ouvertures et des partis uniques coalisés, le changement ne peut venir que par l’imprévu. Peut-être. Mais dans le tas, il reste une évidence croustillante : dans les pays verrouillés comme le nôtre, le spectacle de l’insoumission heureuse reste fascinant. Le pays ne semblant reprendre vie que dans la grève, la révolte ou la casse. Cela nous vient de la tradition : nous n’avons créé ce pays qu’avec une guerre et tout ce qui a changé dans ce pays, n’a pu être changé que par l’insoumission. Le dialogue en Algérie n’a jamais eu la politesse d’une conversation mais seulement le ton dur de la négociation post-bataille. Et si les lycéens n’ont pu être matés jusqu’à ce jour, c’est parce que justement ils ne sont ni démocrates, ni islamistes, ni syndiqués, ni émeutiers des communes, ni chômeurs, ni partisans, ni compressés, ni affamés ni des démocrates floués. Ils sont basiquement algériens et trop jeunes pour être pourris de l’intérieur. Une raison majeure qui fait qu’ils en sont devenus insaisissables et donc difficilement réductibles par la menace ou par le discours. Une raison qui fait que pour une fois, les rôles n’ont pas fonctionné : le « Décideur » n’arrive pas à opter franchement pour la matraque, les grévistes n’entrent pas dans le cadre commode des casseurs à casser. Pour le moment, le spectacle n’a pas encore entraîné les autres classes d’âges de ceux qui ont eu dix-huit ans en 88, en 1992, durant les massacres de 1997 ou pendant la fausse renaissance de 1999-2003. Tout le monde regarde et songe : pour une fois, la scène est interdite aux plus de dix-huit ans.

Kamel Daoud, Quotidien d’Oran (24 janvier 2008)


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